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Pleins et DéliésLe magazine de l’écriture manuscrite

Troubles

La dyspraxie, ou trouble développemental de la coordination

Deux mots pour un même trouble, un geste qui coûte plus cher qu’il ne devrait, et une écriture qui le montre : voici ce que le mot dyspraxie désigne, prudemment.

Une petite main d’écolier qui serre trop fort un crayon court, les jointures blanches, la feuille qui a glissé de biais sous le poignet, une ligne d’écriture qui enfonce le papier et dérape hors de la réglure, une gomme usée posée à côté.

La dyspraxie est un des mots les plus cherchés de l’écriture, et un des plus confondus. Ce magazine en donne la définition prudente, avec la fiche dyspraxie du répertoire en point d’appui : ce que le mot désigne, ce qu’il change au geste, ce qu’il n’est pas. L’observation d’un cahier se décrit avant l’étiquette, comme le montre ce que montre un cahier ; le mot sert ensuite à savoir de quoi l’on parle, et vers qui la question se pose.

Deux mots pour la même chose : dyspraxie et TDC

Le vocabulaire a changé de côté ces dernières années. Le dossier de l’Inserm sur les troubles spécifiques des apprentissages présente la terminologie actuelle : le trouble développemental de la coordination, abrégé TDC, désigne ce que l’usage appelle encore dyspraxie. La recommandation de la Haute Autorité de santé sur les troubles spécifiques du langage et des apprentissages, publiée en décembre 2017, range ce trouble dans la même famille que ceux du langage oral et écrit. Les deux mots coexistent donc : dans les textes récents, TDC ; dans le langage courant, dyspraxie. Ils renvoient au même phénomène, et aucun des deux n’est un diagnostic posé à la lecture d’une page.

Ce que coordonner un geste veut dire

Écrire, c’est planifier une suite de mouvements fins, puis l’exécuter sans y penser. Le TDC touche cette double mécanique : la planification, qui organise le geste avant qu’il arrive, et l’exécution, qui le conduit jusqu’au papier. C’est pourquoi la difficulté dépasse l’écrit. Nouer un lacet, se servir d’une règle, ranger un cartable, utiliser une paire de ciseaux : autant de gestes du quotidien où la coordination coûte, dans des proportions qui varient beaucoup d’une personne à l’autre. L’écriture, elle, cumule tout : un outil à tenir, une pression à doser, une trajectoire à suivre, une vitesse à tenir, pendant des dizaines de minutes. Ce qui manque ici, ce n’est ni la volonté ni l’intelligence : c’est l’automatisation, cette capacité à faire sans y penser, qui laisse l’attention libre pour autre chose. Quand l’automatisation ne vient pas, chaque lettre reste un problème à résoudre, et la charge monte d’elle-même.

Ce que cela change quand il faut écrire

Sur le cahier, l’écriture d’un enfant dont la coordination est en difficulté se fatigue vite : elle peut démarrer correctement puis se dégrader au fil de la page, sortir des lignes, perdre ses proportions. Dans un bilan de l’écriture, le professionnel dispose d’outils standardisés : l’un des plus cités dans la littérature, le BHK, fait copier un texte à l’enfant pendant quelques minutes, à une table, sans aide ni correction ; les critères notés se limitent à des éléments comme la forme des lettres, leurs dimensions et leur inclinaison. Cet outil ne dit pas à lui seul s’il y a un trouble : il s’inscrit dans une démarche plus large, décrite dans un bilan de l’écriture, qui croise l’observation, l’entretien et les tests.

Trois situations du quotidien, sans valeur diagnostique
SituationCe que l’on peut observerCe que cela peut demander à l’école
Copier une leçon du tableauUne lenteur qui s’installe, une écriture qui se dégrade en fin de copieDu temps, des supports déjà écrits, une alternative à la copie pure
Tracer une figure avec la règle et le compasUn geste long et découragé, des figures approximatives malgré l’effortDes outils adaptés, une évaluation qui ne juge pas le tracé seul
Ranger la trousse et le cahierUn cartable en désordre, des oublis, un rangement qui ne tient pasDes routines stables, un double jeu de matériel quand c’est possible

Ce que la dyspraxie n’est pas

Ce n’est pas de la paresse : le geste coûte réellement plus cher, et l’effort se voit parfois plus que le résultat. Ce n’est pas un trouble du geste graphique seul : la dysgraphie touche la trace écrite, le TDC touche la coordination dans son ensemble, et les deux peuvent coexister, comme le rappelle la fiche de la dysgraphie. Ce n’est pas non plus un mot qui va seul : les troubles spécifiques des apprentissages peuvent coexister chez une même personne, ce que décrit la page sur les troubles associés. Enfin, aucun chiffre de prévalence ne sera écrit ici : les valeurs qui circulent méritent d’être reliées à leur source avant d’être répétées, et ce magazine ne publie que ce qu’il vérifie.

L’écrit à l’école quand le geste coûte cher

Le cadre scolaire français connaît cette situation. Le plan d’accompagnement personnalisé, régi par la circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015, « répond aux besoins des élèves qui connaissent des difficultés scolaires durables ayant pour origine un ou plusieurs troubles des apprentissages », selon les termes du texte. Le même texte précise que le constat des troubles relève du médecin, et que le plan se révise chaque année. Des aménagements existent aussi du côté des examens, et pour les situations relevant du handicap, la maison départementale des personnes handicapées instruit les demandes. Tout cela se demande et se construit : les aménagements scolaires font l’objet d’une page entière, et rien ne s’obtient sans dossier ni dialogue.

Où la question se pose, et dans quel ordre

La recommandation de la Haute Autorité de santé décrit un parcours en trois niveaux : repérer, approfondir, puis spécialiser. Autrement dit : l’école et la famille observent d’abord ; le médecin instruit ensuite ; l’évaluation spécialisée vient en dernier, pas en premier. Inverser le parcours, c’est faire dire à un test ce qu’il ne dit pas. Pour les questions individuelles, les ressources publiques listent les organismes compétents, ce que ce magazine ne fait pas cas par cas.

Ce magazine explique, il n’examine personne : rien ici ne vaut évaluation, et aucune page ne remplace le médecin, l’école ou le professionnel de santé. Les questions individuelles se posent à eux, pas à nous.

La famille complète des mots se lit dans la rubrique des troubles, de la dyslexie au trouble de l’attention ; chaque mot y a sa fiche courte, datée de sa dernière vérification.