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Pleins et DéliésLe magazine de l’écriture manuscrite

Troubles

Les troubles de l’écriture manuscrite, vus sur le cahier

Partir de l’observable plutôt que du vocabulaire médical : ce qu’un cahier montre, et ce qu’il ne prouve jamais seul.

Une double page de cahier d’écolier à réglure Seyès vue de haut, des lignes d’écriture manuscrite au stylo bleu qui oscillent au dessus et en dessous des lignes bleues, les intermots irréguliers, les dernières lignes plus tremblées que les premières, lumière neutre.

Cette page part du cahier, parce que le cahier se regarde avant de se nommer. Une écriture qui monte au-dessus de la ligne, qui se resserre en fin de copie, qui fatigue la main : chaque détail se décrit avec des mots simples, et c’est ce vocabulaire descriptif qui servira ensuite, à l’école comme chez le médecin. Les pages de fond du site partent du même point : la dysgraphie définit le trouble du geste, et ce qu’un bilan observe décrit la mesure. Ici, on regarde.

Six choses que l’on regarde dans une écriture

Les professionnels parlent rarement d’une écriture « belle » ou « moche ». Les dimensions qui reviennent dans les descriptions tiennent en six mots : la forme des lettres, leur dimension, leur inclinaison, la tenue de la ligne, l’espacement des mots et des lettres, la vitesse, que l’on juge toujours avec ce qu’elle coûte. Ces axes ne sont pas un protocole : c’est le vocabulaire commun qui permet de dire ce que l’on voit sans l’interpréter, et une même page peut se décrire ainsi par un parent, un enseignant ou un professionnel, chacun dans ses mots.

Six dimensions d’une écriture, ce qu’elles peuvent dire et ce qu’elles ne disent pas
Dimension observéeCe que l’on voitCe que cela peut vouloir direCe que cela ne dit pas
La forme des lettresDes lettres mal fermées, des boucles inachevées, des formes confonduesUn geste qui ne s’est pas encore automatiséUne incapacité : la forme s’enseigne et se retravaille
La dimension des lettresDes lettres qui grandissent ou rapetissent dans une même ligneUn dosage du mouvement qui coûte dans la duréeUn manque de rigueur
L’inclinaisonUne pente qui varie d’un mot à l’autreUn appui de main qui change avec la fatigueUne négligence
La tenue de ligneDes mots qui montent puis redescendentUne régulation fine qui devient chère quand tout coûteUn manque d’application
L’espacementDes mots collés, d’autres trop distantsLe rythme de l’écriture, qui se réorganise quand la main ralentitUn problème de lecture forcément associé
La vitesse et l’enduranceUne copie très lente, ou une fin de page dégradéeUn coût du geste qui s’accumule avec le tempsUn défaut de volonté : la fatigue se décrit, elle ne se juge pas

Lisibilité et forme des lettres

La forme des lettres est un objet d’enseignement, pas une qualité innée. Les documents d’accompagnement de l’éducation nationale distinguent le graphisme de l’écriture dès la maternelle, tout en rappelant que les deux activités sont de nature grapho-motrice, et les programmes fixent des attendus par cycle. Sur une page, la forme se lit dans les détails : les fermatures, les ponts, les liaisons entre lettres, la façon dont un même mot se réécrit différemment trois lignes plus bas. Une écriture lisible se reconnaît à un critère simple, celui qui sert au quotidien : elle se relit par quelqu’un d’autre, sans déchiffrer.

Vitesse, fatigue et double tâche

Une écriture se regarde aussi dans le temps. La vitesse ne dit rien seule : elle se lit avec la lisibilité qu’elle laisse et avec la fatigue qu’elle laisse derrière elle, et c’est pourquoi la copie chronométrée de la classe en dit souvent plus qu’un cahier de maison. La double tâche, écrire tout en écoutant ou tout en réfléchissant à ce qu’on écrit, est l’épreuve qui révèle le coût : quand la main demande trop, une des deux activités paye pour l’autre, et c’est presque toujours la fin de la copie. Cette fatigue là se décrit, elle se mesure même dans un bilan : elle ne se sanctionne pas.

Tenue de ligne, espacements, propreté

La ligne est la règle silencieuse du cahier : s’y tenir demande une régulation continue, millimètre après millimètre, et c’est une des premières choses qui lâche quand le geste sature. L’espacement est la dimension la moins regardée et la plus parlante : des mots collés racontent une main qui ne lève pas, des espaces irréguliers racontent un rythme qui se réorganise. La propreté, elle, se lit en dernier : les ratures, les repassages, les gommes qui usent le papier décrivent un rapport au tracé, elles ne décrivent pas une compétence.

Ce qu’un cahier ne peut pas dire

Un cahier ne date rien : il décrit un moment. Il ne dit ni la cause d’une écriture difficile, ni sa durée, ni ce qu’elle deviendra, et il ne compare rien : il n’existe pas de cahier étalon contre lequel mesurer un enfant. C’est la raison pour laquelle le parcours décrit par la Haute Autorité de santé de décembre 2017 commence par le repérage et finit par le recours spécialisé, jamais l’inverse : l’observation prépare une question, elle ne la conclut pas. Quand une observation se répète dans le temps et se cumule avec d’autres, la famille des mots qui l’accompagnent se lit dans la page sur les troubles associés.

Quand l’observation devient une question à poser

La question se pose en deux temps, à l’école puis au médecin, et le premier rendez-vous gagne à arriver avec des éléments décrits plutôt qu’avec un mot emprunté. L’ordre complet des interlocuteurs se lit dans la page qui consulter, et ce que l’école peut mettre en place pendant que la question se règle se détaille dans les aménagements scolaires. La liste qui suit transforme les six dimensions en observations datées :

  • Une copie refaite dans les mêmes conditions, à quelques semaines d’intervalle, les deux pages conservées.
  • Le temps pris, noté une fois, sans transformer chaque devoir en épreuve chronométrée.
  • Le moment où la page se dégrade : début, milieu, fin.
  • Une phrase de l’enfant sur sa main, relevée telle qu’elle l’a dite.
  • Ce que l’école a déjà observé, dans ses propres mots, et ce qu’elle a déjà mis en place.