Troubles
La dysorthographie, et pourquoi ce n’est pas la dysgraphie
L’orthographe et le geste sont deux choses distinctes, et la distinction change tout : le mot désigne un trouble de l’orthographe, pas de la trace écrite.

Une dictée se corrige en deux colonnes : ce qui se lit, et ce qui s’accorde. Il arrive que les deux racontent des histoires différentes, un texte lisible, fluide, presque rapide, et des accords qui s’effondrent d’une ligne à l’autre. C’est le paysage du mot dysorthographie : un trouble durable de l’apprentissage de l’orthographe, souvent décrit en lien avec la dyslexie, tel que l’expertise collective de l’Inserm consacrée à la dyslexie, à la dysorthographie et à la dyscalculie le définit. La recommandation de la Haute Autorité de santé de décembre 2017 le range dans la même famille que les autres troubles spécifiques du langage et des apprentissages. La fiche courte du mot, sources et date de vérification comprises, se lit dans le répertoire de l’écrit.
Ce que le mot désigne
L’orthographe du français demande deux choses en même temps : choisir la graphie d’un son, et accorder ce qui doit s’accorder avec ce qui s’est déjà écrit. Le trouble visé ici porte sur cet apprentissage, durablement, et malgré un enseignement régulier. Deux précisions de la même expertise doivent être respectées à la lettre. La première : le mot se dit d’un trouble spécifique, ce qui veut dire qu’il ne s’explique ni par un déficit intellectuel, ni par un trouble sensoriel. La deuxième concerne ce magazine : cette expertise de 2007 contient des valeurs chiffrées que nous n’avons pas relues dans le texte le jour de la rédaction, et aucun pourcentage de prévalence ne figure donc dans cette page. Ce que nous n’avons pas vérifié, nous ne le répétons pas.
Orthographe, lecture, geste : trois choses différentes
Le web français empile trois mots là où il y a trois objets. La dyslexie touche la lecture : le déchiffrage coûte, la vitesse plafonne, tout le travail écrit s’en ressent. La dysorthographie touche l’orthographe : les graphies et les accords restent instables alors que le texte reste lisible. La dysgraphie touche le geste : la trace écrite est lente, fatigante, difficilement tenue, ce que décrit la page sur la dysgraphie. Les trois peuvent se voir ensemble, ils ne se confondent pas : une écriture splendide peut porter une orthographe cassée, une orthographe irréprochable peut sortir d’une main épuisée.
| Mot | Ce que chacune concerne | Ce que l’on observe | Qui l’évalue |
|---|---|---|---|
| Dyslexie | La lecture : le déchiffrage et la reconnaissance des mots | Une lecture lente et coûteuse, qui retentit sur tout le travail écrit | Le médecin, qui oriente l’évaluation du langage oral et écrit |
| Dysorthographie | L’orthographe : graphies et accords | Des accords et des graphies instables, sur une écriture qui reste lisible | Le médecin, avec l’évaluation du langage écrit |
| Dysgraphie | Le geste qui trace | Une écriture lente ou fatigante, dont la qualité varie dans la page | Le médecin, avec l’évaluation du geste |
Les confusions de vocabulaire les plus fréquentes
La plus répandue échange les deux mots de ce titre : on dit dysgraphie pour une orthographe en difficulté, et dysorthographie pour une écriture illisible. La deuxième prend la dyslexie pour un mot fourre tout, alors qu’elle désigne la lecture. La troisième juge le personnage au lieu de décrire le trouble : « il ne fait pas d’effort ». La quatrième promet une correction par la quantité, plus de lecture, plus de copies : les textes qui définissent le trouble décrivent précisément une difficulté qui persiste malgré un enseignement adéquat, et la lecture n’y figure pas parmi les exceptions prévues.
Ce que l’on observe dans les écrits
Rester général est ici une règle de prudence, pas une esquive : aucune liste d’erreurs ne définit le trouble, et reproduire une copie type reviendrait à fabriquer un faux. Ce que l’on observe tient dans des variations, celles que la fiche du répertoire résume : des accords qui changent d’une ligne à l’autre, une même graphie tantôt juste tantôt non, une orthographe qui se tient mieux dans une copie libre qu’en fin de dictée. Le geste s’invite aussi dans ce tableau, dans l’autre sens : quand la main sature, l’attention disponible pour les accords baisse, et l’orthographe d’une fin de page ne ressemble plus à celle du début. C’est une des raisons pour lesquelles ce que montre un cahier se décrit avant tout vocabulaire spécialisé.
Pourquoi la fatigue d’écrire brouille l’orthographe
Écrire mobilise en même temps la main, le choix des mots, leur accord et la mémoire de ce qui a déjà été tracé. Quand le geste coûte cher, une part de l’attention quitte les accords pour tenir la ligne : c’est la situation de double tâche, bien connue dans les travaux sur les apprentissages, et elle explique qu’une dictée se termine moins bien qu’elle ne commence. Elle explique aussi l’inverse, utile à connaître : alléger la charge du geste, par le temps, par les supports déjà écrits ou par les outils disponibles, redonne de l’attention à l’orthographe. Le vocabulaire de l’attention et de la mémoire de travail se lit dans la page des les troubles associés, qui range la famille entière.
Où la question se pose, et ce qui suit
L’ordre des interlocuteurs est celui de tous les mots de cette famille : l’école observe d’abord, le médecin instruit ensuite, l’évaluation spécialisée vient en dernier. Une orthographe instable qui s’installe se dit à l’enseignant, puis au médecin, avec les cahiers et les dictées de dates différentes. Le volet scolaire ne dépend pas du nom du trouble mais de la gêne constatée : le temps supplémentaire, les supports adaptés, les aménagements d’examen se demandent selon la même logique, et les aménagements scolaires en font le tour. Ce qui se met en place ensuite dépend de ce que l’évaluation a dit, et de personne d’autre.
Une page sur l’orthographe ne corrige pas une dictée : ce qui se lit ici décrit des situations générales, et rien de tout cela ne dit rien d’un écrit particulier ni d’un élève en particulier.